• English
  • Français
  • Michelle Lacombe, Moon (April 15, 2014).
     Michelle Lacombe, Moon (April 15, 2014).
 

Depuis bientôt 10 ans, Michelle Lacombe poursuit une démarche spécifiquement tournée vers l’art corporel (body art). Par diverses modifications de son corps, comme le tatouage ou la scarification, elle remet en question la représentation de la femme blanche et celle de tous les archétypes liés au genre féminin à travers une perspective historique ou culturelle. Depuis peu, elle s’intéresse à créer un corpus qui prolonge son expérience en art action pour le présenter dans un contexte d’exposition. Ainsi, l’artiste ne présente pas une documentation des actions posées antérieurement, mais crée un ensemble cohérent qui devient une œuvre autonome et poétique. Tout cela est au cœur même de l’œuvre Of all the Watery Bodies, I Only Know My Own.

Pour CLARK, Lacombe a créé une série d’interventions et d’œuvres à partir d’une expérience qu’elle a réalisée sur une année. Chaque pleine lune[1], l’artiste a relevé la fluctuation du volume de son sang en soulignant chacune de ses jambes[2] d’un trait qui était ensuite « fixé » temporairement par un tatouage sans encre. Cette action répétée a érodé la peau de l’artiste au même endroit, tout comme les marées qui sculptent le paysage. Dans la salle d’exposition, un portrait de l’artiste, montée dans une boîte lumineuse, témoigne de cette action. Elle se tient debout, sous la lueur de la lune. À ses pieds, un tatoueur s’exécute pour une treizième fois, venant compléter le cycle de cette dernière pleine lune lors de l’année des interventions liées à ce projet. Cette image se distancie des représentations plutôt ésotériques de la femme et de la lune que l’on peut abondamment trouver sur le Web. Loin d’une évocation basée sur la fertilité ou la séduction, cette mise en scène montre l’artiste dans une position plutôt dominante, maître de son corps. Elle nous regarde, nous invitant à prendre part à cette expérience.


Ce portrait est accompagné de douze photographies de la lune, seules témoins des actions précédentes. L’artiste a découpé chaque lune, impliquant différemment son corps dans cette intervention. Au sol, un dessin réalisé avec 3 litres d’eau salée réfère à la fluctuation du volume du sang de l’artiste et aux actions exécutées pour le mesurer. Par ajout successif et en séchant, l’eau s’est cristallisée, créant diverses formes sinueuses qui rappellent les paysages vus du ciel. L’ensemble demeure minimaliste, mais permet à l’artiste de déployer une œuvre en différents actes et temporalités. En effet, il y a tout d’abord le portrait qui clôt un cycle annuel; puis les douze lunes qui, tout en ayant subi l’intervention de l’artiste par un découpage, témoignent de son expérience; et, finalement, le dessin in situ qui laisse une trace tangible du passage de l’artiste dans les lieux. 


- Manon Tourigny
 

[1] Le cycle de la pleine lune correspond à 28 jours, le même nombre de jour qui permet de calculer le cycle menstruel de la femme. La lune est donc intimement liée aux représentations de la femme et de la fertilité, mais aussi aux changements et modifications du corps de celle-ci.

[2] Cette mesure a été prise à travers une technique qui consiste à plonger les jambes dans un bassin avec la même quantité d’eau.


Depuis l’obtention de son baccalauréat en beaux-arts de l'Université Concordia en 2006, Michelle Lacombe (Montreal, QC) a développé une pratique singulière en art corporel. Son travail a été présenté dans le contexte de différents événements de performance, expositions et colloques au Canada, aux États-Unis et en Europe. Michelle Lacombe est lauréate de la Bourse Plein sud 2015. En parallèle à sa pratique en art actuel, elle soutien également l’art action et d’autres pratiques indisciplinées. Elle est par ailleurs coordonnatrice du festival VIVA! Art Action.


L'artiste aimerait remercier Azl Golanski pour avoir tracé les lignes de sang mensuelles, Sara A. Tremblay pour la réalisation du portrait et le Conseil des arts du Canada pour leur soutien dans la production de ce corpus. 

Salle 2
  • Michelle Lacombe
Of all the watery bodies, I only know my own

EXPOSITION /
8 SEPTEMBRE AU 15 OCTOBRE 2016

VERNISSAGE /
JEUDI 8 SEPTEMBRE, 17H

PRÉSENTATION D'ARTISTE /
SAMEDI, 10 SEPTEMBRE, 15H