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     Jean-Michel Leclerc
 

Depuis 2010, Jean-Michel Leclerc fouille les faits divers et les archives de toute sorte afin de mettre au jour certaines histoires tombées dans l’oubli. Agissant tel un archiviste, il épluche les registres de la première moitié du 20e siècle pour effectuer un travail de réparation et de commémoration. Dans Les Sessions de la Paix, qu’il présente dans la petite salle de CLARK, l’artiste s’intéresse à un sujet qui n’est pas si éloigné de nous. À partir de 1890, sous l’influence de la législation britannique, le Canada interdit les actes de « grossière indécence ». Cette loi condamne tout acte jugé « contre nature », ce qui comprend l’homosexualité. Ainsi, jusqu’en 1969, les relations entre deux personnes de même sexe seront criminalisées et pourront entraîner des peines d’emprisonnement sévères ou des amendes. Dans l’installation de Leclerc, où se côtoient sculptures, dessins, collages et œuvres imprimées, l’artiste cherche à réactiver un pan de cette histoire et rendre hommage – et leur dignité – à ces individus nés à une époque où l’expression de leur identité était réprimée.

La salle d’exposition devient un espace-temps autre, où une ligne imaginaire est tracée entre deux groupes ayant vécu à la même époque. Nous avons, d’un côté, les cas de répression des pratiques homosexuelles répertoriés dans les registres judiciaires et traités par l’artiste et, de l’autre, une communauté gaie naissante, issue principalement du milieu anglo-saxon et de la bourgeoisie francophone. Dans ce second cas, Leclerc s’intéresse en particulier à Elsa Gidlow et à Roswell George Mills, fondateurs de la revue Les Mouches fantastiques (1918-1920), reconnue comme un des premiers magazines LGBT en Amérique du Nord. Pour l’autre pan de l’histoire, l’artiste s’est appliqué à faire une synthèse de près de 300 dossiers d’hommes ayant eu des démêlés avec la justice entre 1900 et 1930. Leclerc a également réalisé une série de dessins sur du papier d’époque de petit format. Par le choix des matériaux – souvent des pigments qui sont plus ou moins stables et qui pourraient eux aussi disparaître –, il redonne métaphoriquement vie aux fantômes du passé par une présence matérielle symbolique.

En utilisant des données factuelles trouvées dans les archives judiciaires, Leclerc isole des cas emblématiques pour leur offrir une nouvelle résonance aujourd’hui. Ainsi, l’artiste met en parallèle deux histoires de l’homosexualité – celle qui a été réprimée par la société et celle qui a pu, malgré ce contexte, s’exprimer par la littérature, la poésie ou les arts –, rendant compte des valeurs d’une époque qui n’est pas si lointaine.


Manon Tourigny 

Né en 1990 à Québec et poursuivant présentement sa maîtrise en Studio Arts à l'Université Concordia, Jean-Michel Leclerc travaille principalement la mémoire et l'invisible par l'entremise de la sculpture, du dessin et de l'art imprimé. Il est récipiendaire du prix Robert-Wolfe, du prix Albert Dumouchel ainsi que lauréat du concours BMO premières oeuvres pour le Québec (2012). Il vit et travaille à Montréal où il étudie la flore Laurentienne et la magie, en plus de se consacrer à son travail de création.

L'artiste tient à remercier l'équipe de CLARK pour son précieux support, le Centre Design & Impression textile de Montréal, les employés des Archives Nationales du Québec pour leur patience exemplaire, ainsi que tous les merveilleux chums de femmes et d'hommes de l'artiste pour leur présence et leurs justes conseils.

Salle 2
  • Jean-Michel Leclerc
LES SESSIONS DE LA PAIX

EXPOSITION /
15 JANVIER AU 21 FÉVRIER 2015

VERNISSAGE /
JEUDI 15 JANVIER, 20H

PRÉSENTATION D'ARTISTE /
SAMEDI
21 FÉVRIER, 15H